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Ceci étant
posé, je n'hésite pas à affirmer
que les hommes ont toujours su qu'ils
avaient un jour possédé et assassiné un
père primitif.
(p. 136) »
(Freud, Moïse et le
monothéisme, Idées, NRF).
SOMMAIRE de l'ouvrage
:
Homo nec plus ultra
? p. 7
Le vieil oncle original qui
fait désordre,
p.11
Les tout débuts : les
avantages de l'érection, p.15
Érection
armée, p.18
Premiers
conflits, p.22
Oui mais
voilà, p.25
Hermaphrodisme originel
? p.28
Un look
d'enfer, p.31
Comme le vase du potierÉ,
p.34
La tache, p.36
Machine à faire des
dieux, p.39
Démence, ou le
syndrome de la duplicité, p.41
L'écrit en actes et
en ruses, p.43
Le crime
transcendantal, p.46
Les hordes sauvages de la
haute technologie, p.49
Fils.com, la genèse
du Ss postmoderne, p.53
Du lit de Procuste au divan
de Freud, p.57
Le cauchemar du
vivant, p.60
Le temps des
détrivores, p.63
De Prométhée
à Prosthésis,
p.65
Force de frappe
sélective, p.68
La revanche du
Néandertal, processusÉ, p.72
Ultime
technogenèse,
p.76
La controverse des
ADNoïdes, p.79
Sans oublier la
bénédiction divine, p.84
Que faites-vous après
l'orgie ?, p.87
Un petit monument à
la mémoire des néandertalisés ?,
p.90
Acta est fabula, plaudite !
p.92
Postface : Turbulences, par
Isabelle Dormion, p.96
Notes &
annexes, p.101
Quand l'image, à ce point transgénique,
nous émeut et tord nos tripes, nous sortons et
déambulons. Où donc nous mène cette
flânerie? Sur un banc où l'on
réfléchit. Au Musée de l'Homme. On peut
y voir des cavernes reconstituées, le mausolée
fleuri de Leroi-Gourhan, de vraies tombes, quelques os
archaïques, la cousine de Lucy, des vraies traces de
mains, des mandibules d'ancêtres honorables, nos
anciens initiateurs de cueillettes, nos habiles chasseurs,
nos futurs dessinateurs de bisons et de troupeaux de rennes.
Nous voilà devenus sans voix. Que de surprises, que
de perplexités ! Issus de ces frustes esquisses
humanoïdes, de ces charpentes simiesques ahanant dans
les steppes et les forêts, munis pour tout instrument
que de grattoirs aléatoires, ignorant tout,
méconnaissant alors le Logos, adaptés au pire,
résignés à la mort comme à la
vie, troupeau glorieux et pathétique de notre
histoire, horde trébuchant dans les recoins obscurs
de la mémoire.
Ontogenèse, phylogenèse.
Il reste un malaise persistant, cette réflexion
urbaine, celle du flâneur bénévole,
citoyen ébahi, individu récalcitrant,
perplexe, circonspect. Quels sont donc les
présupposés des scientifiques ? Leurs
travaux ne sont pas toujours réalisés dans les
conditions définies par eux, sévèrement
requises, rigoureuses, exigibles, d'asepsie intellectuelle.
De l'Homo habilis à l'Homo mutans,
engendrée par les inventions débridées
de la biologie, l'histoire de l'homme est objet
d'investigations diversifiées : le chercheur, ce
décrypteur, le biologiste, le paléontologue,
l'anthropologue, suivis aujourd'hui par le
créationniste-intelligent new age interrogent
l'homme, l'ADN ; le new age explique divinement la
complexité de la cellule. Rien ne vient jamais
démentir des affirmations assenées comme
postulats. Pas de vérité hors des jeux
génétiques. Qu'est-ce que la
nécessité ? Comment expliquer les combinaisons
hasardeuses quand les modèles mathématiques
font loi et obligent à un acte de foi ? Pourquoi la
science bénéficie-t-elle de tels
préjugés favorables, d'un tel crédit,
illimité, à fonds perdus ? Qui étalonne
les critères de la vérité, de la
réalité fluctuante. Aucune alternative n'est
proposée entre les réactions niaises de
l'obscurantisme et les audaces d'une anthropotechnologie
dogmatique à l'oeuvre. S'il y a une scène
où opère la science, d'où vient le
soupçon qu'un nouveau discours est obscène,
littéralement en dehors de toute
représentation humaine cohérente ? Quel
prix exorbitant l'espèce aura-t-elle à verser
quand une autre forme d'anthropoïde fictif, mes
arrière-arrière-petits-enfants, rejetons d'une
espèce nouvelle, apparaîtront sur terre ?
Imaginons la réalité : La
moitié de l'humanité morte de misères
endémiques, disettes organisées, soifs,
exodes, maladies nouvelles, épidémies
anachroniques, pestes buboniques, tuberculoses
résurgentes, l'autre moitié encore vivante,
que fait-elle de son triomphe ? Quels
sont les rapports entre les pouvoirs et les laboratoires qui
oeuvrent, poussés par le progrès qui engendre
de nouvelles expérimentations ? Qui décide ?
Comment contrôler la fiabilité, comment
évaluer la rigueur, tester, vérifier,
authentifier « l'humanité » des
scientifiques ? Quelles sont les perspectives d'avenir,
quels sont les risques incalculables
d'anéantissement, nos possibilités de survie
dans une terre mise à mal insidieusement,
violentée chaque jour. Nous sommes mis devant les
hauts faits accomplis par le saint Graal retrouvé,
l'élixir alchimique des technosciences et crions au
miracle quotidien. Plus de vieillesse, victoire, DHEA, plus
de mort, bientôt plus de procréation naturelle
dans des conditions inadmissibles : coït, grossesse,
vagissements dans les eaux et le sang répandus d'une
vie nouvelle. Archaïque !
Un humain d'aujourd'hui ne se reconnaît pas
facilement dans cet être préhistorique aux
sourcils proéminents, dolichocéphale, à
demi érigé, tentant de survivre et de
s'adapter à l'hostilité de la nature, du
froid, de la faim, des maladies et des prédateurs.
Notre ancêtre - Néandertal - ?, ce
misérable prototype approximatif ! Il se transforme.
Outils agraires, culture, fresques. Que disait-il ? Il faut
attendre les premiers contrats de cession de biens, les
premiers clous de fondation d'une ville, quelque tablette
cunéiforme au contenu élaboré pour
s'identifier aux inconnus d'un autre âge. « Que
le couteau du boucher se retourne contre son enfant »,
dit la malédiction d'Agade. Que l'abattement tombe
sur le palais construit pour réjouir le coeur !
« Il faut attendre le langage et l'histoire pour
comprendre la pensée des hommes et se
reconnaître en elle. » Aujourd'hui rêvons
éveillés. Interrogeons le prognathe en nous.
Demain, imaginons le gnome de fiction, le surhomme aux
pièces interchangeables. Une âme ? Qu'est-ce
que c'est que cet appendice non fonctionnel ? Plus besoin.
Devenons lucides à défaut d'être
éclairés.
Rouvrons le dossier Oppenheimer. Hiroshima,
histoire déjà ancienne et tombée dans
l'oubli ? Pour trancher le débat, affaiblis par
l'excessive confiance, la naïveté et l'ignorance
fatale, faisons appel au tiers, au juridique, au droit. Que
soient convoqués, à Genève comme
à Nuremberg, les avocats du diable. Nous avons dans
l'Histoire des précédents fâcheux, des
répétitions sanglantes, certaines barbaries
qui ne disaient pas leurs noms, qui avançaient
masquées, nous avons vu des cerveaux brillants se
révéler après coup de délirants
paranoïaques, mus par une logique irréfutable,
hors du champ de toute symbolisation possible. Il n'y a pas
d'objectivité ? Dieu merci ! Nous voilà
rassurés. Quels sont les effets sur plusieurs
générations d'un enfant né de
gamètes inconnues et congelées. Que l'on
réalise des études
épidémiologiques. Étudions les
résultats. Il faudrait interroger
épistémologiquement le mythe darwinien, le
créationnisme, comme la biologie sur ses cadres de
formalisation. C'est un devoir citoyen. Procès
d'intention, débat ouvert au néophyte. Des
jurés dans ce débat, non experts, vox
populi béotienne requise pour un appel au simple
bon sens, à la sagesse ? La technologie scientifique
s'enferme dans la toute-puissance d'une connaissance
discursive enfermée sur elle-même. On ne peut
admettre que la science soit investie d'un pouvoir tel
qu'elle fasse désormais appel à la croyance,
aux superstitions les plus contestables. Nos cerveaux n'ont
jamais été plus beaux, plus volumineux. Qu'ils
défaillent ? Il y aura pour tout un palliatif
possible, une molécule chimiquement
réparatrice. Ô miracles et panacées,
bientôt munis d'appendices hautement
préhensibles, nous mesurerons deux mètres pour
attraper les fruits d'une connaissance de plus en plus haut
placée. Nous admettons tout ce qui flatte la notion
d'intelligence, trompés par ces excès d'une
réalité fantasmée, validée par
autoproclamation.
Personne ne peut affirmer que l'homme nouveau,
objet et non sujet d'expérimentations biologiques,
n'est pas un homme artificialisé par le pragmatisme
effréné des laboratoires. L'humain est
traité comme une production de l'homme, à la
fois divinisé et mis à la poubelle. Que
fera-t-on des embryons ratés ? Pourra-t-on jeter ce
déchet, là, qui ne dit rien ? L'homme nouveau
n'existe pas encore. Il se fabrique au jour le jour, banque
d'organes, phénomène gémellaire,
non-individu, bricolage génial, parfait,
chosifié, immortel, déifié et simple
déjection. L'homme est en trop d'une humanité
qui n'en aurait plus besoin. Refaisons donc nos
humanités. Il faut tout relire : les textes
bibliques, Durkheim, Darwin, Mauss, Marx, Freud, les
mythologues, les anthropoanalystes, les structuralistes,
assistons aux débats sur les neurosciences, et,
désenchantés, laissons décanter,
sceptiques, ces magnifiques innovations devant un verre
d'excellent bordeaux. Zénon ? Oui ! Le stoïcisme
est un remède. Le bouddhisme aussi. Sourires. Enfin,
que dit vraiment la théologie ?
John Gelder sollicite la curiosité et nous
invite ironiquement à penser, nous, promeneurs
candides, saturés d'informations parcellaires et
nourris de confuses rumeurs ; à penser, si nous
en sommes encore capables, homo urbains-sapiens (Ss)
mystifiés. Sa démonstration maïeutique
nous amuse puis, dans un deuxième temps, nous
provoque. Nous voilà devenus des esprits
prévenus. Nous ne rions plus. Une science
désenchantée ? Pas sûr ; depuis les
grottes, sans doute, la réflexion habite un esprit
construit pour l'inquiétude et non pour la
désolation. De façon péremptoire John
Gelder nous incite, nous oblige à imaginer ce qu'il
désigne comme la « surprise »
d'une « sextuple » modification aux confins du
meilleur et du pire des mondes possibles.
Isabelle DORMION
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